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Depuis 55 ans, les assemblées générales
des Nations unies ont chaque année succédé aux
assemblées générales, les discours aux
discours, les résolutions aux résolutions.
Depuis des décennies, des dizaines de chefs d’état
et de gouvernement se sont succédé à la
tribune de l’ONU, les longs discours aux longs discours,
les bonnes résolutions aux bonnes résolutions.
Depuis des années, la presse couvre de multiples Sommets
ici et là dans le monde.
D’où vient que cette fois-ci, pendant trois jours,
un vent nouveau a semblé souffler dans les couloirs
du Palais de verre de Manhattan, et une prise de conscience
nouvelle se faire jour dans les esprits des participants
?
Pour qui a fréquemment assisté aux réunions
onusiennes et en connaît les limites, pour qui reste
lucide quant aux perspectives, trois éléments
nouveaux me semblent résulter du Sommet convoqué par
Kofi Annan, qui peut-être ne s’attendait pas lui-même à une
réponse tellement exceptionnelle, et peut espérer
fonder sur ce résultat une problématique nouvelle.
Tout d’abord, jamais le caractère universel
de l’ONU n’a été si clairement
démontré.
La Société des Nations d’après
le premier conflit mondial n’a jamais rassemblé la
totalité de
la communauté internationale et les acteurs essentiels
n’y sont pas entrés ou en sont sortis de leur
volonté ou
par expulsion (États-unis, Allemagne, Japon, Union
soviétique, Italie...). L’ONU avec ses 189 états-membres
actuels a pratiquement fait le plein, à la seule exception
de la Suisse et de quelques micro-États, la Palestine étant
déjà présente et seul le cas de Taiwan
faisant problème. En dépit de quelques absences,
jamais les chefs d’état ou de gouvernement n’auront
eu autant le sentiment de représenter pleinement le
monde entier et ses peuples, même si la représentativité démocratique
de certains est douteuse.
Ensuite, jamais sans doute n’auront-ils pris mieux conscience
du principe - que certains qualifient d’illusion - de l’égalité souveraine
des États : énormes ou modestes, peuplés
ou vides d’habitants, riches ou pauvres, anciens ou tout
nouveaux, chaque pays a eu droit au même traitement
: même accueil par le protocole, même nombre
de places dans l’hémicycle, mêmes cinq minutes
de parole, même sérieux prêté aux
suggestions, même poids dans l’adoption de la résolution
finale.
Enfin, et peut-être surtout, la présence de
tant de leaders réunis autour d’une seule et même
objectif tracer la voie de l’ONU au début
du Millénaire
et réaffirmer ses priorités a élevé leur
participation au niveau du symbole et du mythe collectif.
Lorsque l’on est croyant, prier seul ou en petits groupes
est certes un acte de foi; mais se retrouver au milieu d’une
foule (place Saint-Pierre à Rome, Lieux-Saints à Jérusalem,
pèlerinage de La Mecque, grands Melas de l’hindouïsme...)
donne un incommensurable sentiment d’appartenance à une
même communauté et suscite une intense ferveur
collective.
Nous tous, modestes membres des Peuples des Nations Unies,
espérons donc que l’élan ainsi donné ne
s’arrêtera pas.
| L’Ambassadeur
André Lewin était aussi dans les coulisses
du Sommet. Il
nous apporte les précisions suivantes :
· Sur
la durée des interventions des chefs d’Etat :
« Chaque
orateur avait droit théoriquement à 5
minutes, mais, connaissant les usages de l’ONU, le Secrétariat
avait prévu en fait que la durée moyenne
d’un discours serait de 7 minutes. Or, à la surprise
générale, la plupart des orateurs ont
effectivement respecté les 5 minutes réglementaires,
quelques uns ont atteint les 10 minutes, et même
Fidel Castro, dont tout le monde a souligné qu’il
avait posé son mouchoir blanc sur l’horloge qui
clignotait en rouge après la durée allouée,
n’a finalement parlé que 7 minutes. »
· Sur
les langues véhiculées à l’Assemblée
:
« 180
interprètes avaient été mobilisés
pour la traduction de ces discours (
). En dehors
des six langues officielles, une vingtaine d’autres
langues ont été utilisées par les
orateurs, chacun d’entre eux devant donner son texte
au préalable pour permettre d’entrer dans l’une
des langues officielles; ainsi ont été
entendus le hindi, le farsi, le grec, le bengali, le
géorgien, le japonais, le coréen, le vietnamien,
le tchèque... »
· Sur
la sécurité des délégations
:
« Dans
les rues de New York, et surtout dans les quartiers
proches de l’ONU, 6.000 policiers aidés par 750
détectives et agents des services spéciaux
veillaient sur la sécurité des délégations;
des couloirs spéciaux avaient été
aménagés sur une vingtaine d’itinéraires
prioritaires et même les piétons étaient
bloqués pendant de longues minutes aux croisements
lorsque les cortèges passaient ou lorsque les
chefs d’Etat quittaient ou regagnaient leur hôtel.
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