Paru dans le bulletin du Centre d’information des Nations unies, octobre 2000
par André Lewin, Ancien Ambassadeur, Président de l’AFNU
Depuis 55 ans, les assemblées générales des Nations unies ont chaque année succédé aux assemblées générales, les discours aux discours, les résolutions aux résolutions. Depuis des décennies, des dizaines de chefs d’état et de gouvernement se sont succédé à la tribune de l’ONU, les longs discours aux longs discours, les bonnes résolutions aux bonnes résolutions. Depuis des années, la presse couvre de multiples Sommets ici et là dans le monde.
D’où vient que cette fois-ci, pendant trois jours, un vent nouveau a semblé souffler dans les couloirs du Palais de verre de Manhattan, et une prise de conscience nouvelle se faire jour dans les esprits des participants ?
Pour qui a fréquemment assisté aux réunions onusiennes et en connaît les limites, pour qui reste lucide quant aux perspectives, trois éléments nouveaux me semblent résulter du Sommet convoqué par Kofi Annan, qui peut-être ne s’attendait pas lui-même à une réponse tellement exceptionnelle, et peut espérer fonder sur ce résultat une problématique nouvelle.
Tout d’abord, jamais le caractère universel de l’ONU n’a été si clairement démontré. La Société des Nations d’après le premier conflit mondial n’a jamais rassemblé la totalité de la communauté internationale et les acteurs essentiels n’y sont pas entrés ou en sont sortis de leur volonté ou par expulsion (États-unis, Allemagne, Japon, Union soviétique, Italie...). L’ONU avec ses 189 états-membres actuels a pratiquement fait le plein, à la seule exception de la Suisse et de quelques micro-États, la Palestine étant déjà présente et seul le cas de Taiwan faisant problème. En dépit de quelques absences, jamais les chefs d’état ou de gouvernement n’auront eu autant le sentiment de représenter pleinement le monde entier et ses peuples, même si la représentativité démocratique de certains est douteuse.
Ensuite, jamais sans doute n’auront-ils pris mieux conscience du principe - que certains qualifient d’illusion - de l’égalité souveraine des États : énormes ou modestes, peuplés ou vides d’habitants, riches ou pauvres, anciens ou tout nouveaux, chaque pays a eu droit au même traitement : même accueil par le protocole, même nombre de places dans l’hémicycle, mêmes cinq minutes de parole, même sérieux prêté aux suggestions, même poids dans l’adoption de la résolution finale.
Enfin, et peut-être surtout, la présence de tant de leaders réunis autour d’une seule et même objectif – tracer la voie de l’ONU au début du Millénaire et réaffirmer ses priorités – a élevé leur participation au niveau du symbole et du mythe collectif. Lorsque l’on est croyant, prier seul ou en petits groupes est certes un acte de foi; mais se retrouver au milieu d’une foule (place Saint-Pierre à Rome, Lieux-Saints à Jérusalem, pèlerinage de La Mecque, grands Melas de l’hindouïsme...) donne un incommensurable sentiment d’appartenance à une même communauté et suscite une intense ferveur collective.
Nous tous, modestes membres des Peuples des Nations Unies, espérons donc que l’élan ainsi donné ne s’arrêtera pas.
L’Ambassadeur André Lewin était aussi dans les coulisses du Sommet.
Il nous apporte les précisions suivantes :
· Sur la durée des interventions des chefs d’Etat :
« Chaque orateur avait droit théoriquement à 5 minutes, mais, connaissant les usages de l’ONU, le Secrétariat avait prévu en fait que la durée moyenne d’un discours serait de 7 minutes. Or, à la surprise générale, la plupart des orateurs ont effectivement respecté les 5 minutes réglementaires, quelques uns ont atteint les 10 minutes, et même Fidel Castro, dont tout le monde a souligné qu’il avait posé son mouchoir blanc sur l’horloge qui clignotait en rouge après la durée allouée, n’a finalement parlé que 7 minutes. »
· Sur les langues véhiculées à l’Assemblée :
« 180 interprètes avaient été mobilisés pour la traduction de ces discours (…). En dehors des six langues officielles, une vingtaine d’autres langues ont été utilisées par les orateurs, chacun d’entre eux devant donner son texte au préalable pour permettre d’entrer dans l’une des langues officielles; ainsi ont été entendus le hindi, le farsi, le grec, le bengali, le géorgien, le japonais, le coréen, le vietnamien, le tchèque... »
· Sur la sécurité des délégations :
« Dans les rues de New York, et surtout dans les quartiers proches de l’ONU, 6.000 policiers aidés par 750 détectives et agents des services spéciaux veillaient sur la sécurité des délégations; des couloirs spéciaux avaient été aménagés sur une vingtaine d’itinéraires prioritaires et même les piétons étaient bloqués pendant de longues minutes aux croisements lorsque les cortèges passaient ou lorsque les chefs d’Etat quittaient ou regagnaient leur hôtel. »